Michel VAUTROT, au bout du fil !

  • Written by Daniel
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Rédacteur-enquêteur : Daniel TESTE
 
Un fil retient toujours Michel VAUTROT à l’AS ORANGE depuis le mois de Juin 1991 : celui d’un téléphone, une pièce historique, que le Directeur du Cnet, Michel FENEYROL, lui avait offert à l’issue de la Finale de la Coupe nationale corporative. (cf photo ci-dessous)
Et près de 25 ans plus tard, Michel VAUTROT avoue lui être resté ‘’fidèle’’ puisqu’il ne possède toujours pas de… téléphone portable.
 
Selon le pourtant très cultivé WIKIPEDIA, Michel VAUTROT a arbitré son dernier match officiel lors de NICE–MARSEILLE en Mai 1991. Que nenni ! Son dernier coup de sifflet, il le donna, un mois plus tard, lors de la Finale évoquée ci-dessus et remportée par l’ASPTT Cnet , devenue AS ORANGE en 2005.(cf photo en entête)
Considéré comme l’un des plus grands arbitres français, voire beaucoup plus à notre humble avis, Michel VAUTROT s’est en effet toujours efforcé de garder la même ligne ….de conduite : transparence et respect, deux qualités ‘’fixes’’ qui lui auront d’ailleurs causé quelques désagréments ou un peu de friture il y a une dizaine d’années.
Après 28 ans d’arbitrage, il a préféré, sans cependant raccrocher, couper cette ligne dont le service clients ne le satisfaisait plus.

VAUTROT LIVREJeune retraité, Il aurait pu alors se tourner vers la pêche dans son pays bisontin où les truites de la rivière Doubs, près d’Antorpe, auraient pu remplir facilement sa musette.
Il aurait aussi pu se tourner vers le journalisme, lui qui avait sorti un livre devenu aujourd’hui introuvable (‘’Mi-temps’’)(cf photo).
Il aurait pu enfin revenir à la ferme pour fabriquer la célèbre cancoillotte locale (*), et surtout pour essayer de retrouver l’atmosphère de son enfance passée auprès de ses grands-parents.
 
Aucune de ces activités ne lui ayant traversé l’esprit, Michel VAUTROT, bien qu’un tantinet meurtri par la fin pourtant courageuse de son parcours dans l’arbitrage hexagonal, a préféré continuer à vivre sa vraie passion, celle qui l’a guidée presque tout au long de sa vie : l’arbitrage, justement.
 
N’ayant pu, pour cause médicale, embrasser une carrière de footballeur, son cœur trouva que le souffle positif de l’arbitrage lui irait bien.
 
Bien lui en prit car son parcours peut être aujourd’hui qualifié d’exceptionnel, jalonné de défis et de moments rares et bien ancrés dans sa mémoire.
 
 
 
 
VAUTROT SOLEXPrivé de ballons, Michel VAUTROT a même, pendant quelques temps, été dirigeant de club …à 17 ans, son cyclomoteur SOLEX (cf photo ci-contre), véhicule dangereux et motorisé de l’époque, le tractant périlleusement jusqu’aux réunions de son club.
 
Aujourd’hui, et par passion, Michel VAUTROT, sans bâtir un mur entre lui et le football hexagonal, s’est cependant placé à plus de 9,15m du football français prodiguant ses conseils, pour l’UEFA, en dehors de notre hexagone, en tant qu’observateur, et pour le compte de la Jordanie, toujours missionné par l’UEFA, en tant que conseiller en arbitrage.
 
 
VAUTROT INSTRUCTEURIl participe aussi bénévolement à des conférences-débat auprès des jeunes sur le thème de la violence, une d’entre elles ayant eu lieu à Guipavas en Bretagne.
 
Bien que très sollicité, il a pris le temps de répondre aimablement et précisément à nos questions, sans jamais nous couper le sifflet, avec l’honnêteté et la droiture qui le caractérisent, le tout agrémenté d’une pointe de nostalgie.
 
 
(*) Cancoillotte : fromage de Franche Comté souvent associé à la saucisse de Morteau elle-même cernée par quelques pommes de terre.saucisse de Morteau elle-même jointe à des pommes de terre !
 

Comme une sorte de préface, nous vous livrons les quelques mots que Michel VAUTROT nous avait transmis il y a quelques mois et qui nous ont donné conforter dans l’idée d’interviewer ce Grand Monsieur de l’arbitrage :

 ‘’J'ai pris connaissance, par Christophe GATOUILLAT, notre jeune arbitre fédéral aubois et Patrick BLOND en charge du magazine MAG 10, de vos aimables mots concernant mon intérêt pour les "corpos" et mon dernier match officiel avec la coupe nationale 91 où j'avais été merveilleusement reçu par "France Telecom - CNET".

Vous avez parfaitement raison car j'ai toujours dit que j'avais commencé ma carrière sur les matches corporatifs où j'avais beaucoup appris, y compris en convivialité un terme qui a trop disparu à mon goût de notre discipline favorite...
J'aimerais que vous sachiez que le magnifique téléphone, pièce historique, est en bonne place dans mon salon et qu'il éveille toujours en moi ce jour de fête qui m'a permis de finir officiellement dans ''ma famille".
Tous mes visiteurs en connaissent l'origine. C'est dire si votre club est toujours dans mon cœur qui vieillit trop vite à mon goût ... ‘’

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A quelques heures de l'ouverture de la Coupe du Monde au cours de laquelle les décisions et gestes des arbitres vont être scrutés et jugés par des millions de ''connaisseurs particulièrement avertis'', nous avons souhaité mettre un vrai coup de projecteur sur Michel VAUTROT dans un entretien, constitué de près de 25 questions.
A déguster sans aucune modération et surtout jusqu'au bout !
 
Questions à Michel VAUTROT :
 
Votre palmarès est éloquent:
Une finale de championnat d'Europe (1988), 5 finales de coupes de France (1979, 1982, 1983, 1984 et 1987), 5 matches de coupe du Monde (1982 et 1990) dont une finale en tant que 4ème arbitre (1982), le match d'ouverture et une demi-finale en 1990, 1 finale de coupe du monde junior (1977), 1 finale intercontinentale des clubs (1983), 1 finale de coupe UEFA (1985), 1 finale de Ligue des Champions (1986), 7 demi-finales de coupes d'Europe... 4ème arbitre de la finale 1982, etc
Parmi toute ces rencontres, quelle est celle, en tant qu’arbitre, qui vous a le plus marqué ou qui vous a fait le plus vibrer ?
Vous avez omis ma dernière finale CNET/Municipaux Bordeaux (1991) qui fût officiellement le dernier match de ma carrière. Toutes ont eu un parfum particulier mais un dénominateur commun : le meilleur moment est celui de l’annonce de la désignation qui récompense beaucoup de sacrifices et une progression dans la carrière arbitrale.
On pense à sa famille et à ceux qui ont été vos formateurs. La finale de la ligue des clubs champions (ancêtre de la champions’ League) entre le FC Barcelone et le Steaua Bucarest tient une place à part : le club catalan jouait en terre espagnole (Séville) et le club roumain avait mis la pression sur moi en disant qu’un modeste club comme lui serait défavorisé en faveur du grand “Barça”. Et pourtant le club du fils du dictateur CEAUSESCU remporta le titre au terme d’un match héroïque de son gardien DUCADAM pendant la série des tirs au but. Ce fut la première (et dernière victoire) d’un club du bloc de l’est européen.

VAUTROT PINSOn s'aperçoit au fil du temps que les assistants qui sont positionnés derrière chaque but ne prennent pas forcément leurs responsabilités pour tout ce qui se passe dans la surface de réparation.
Cette solution qui a peut-être été prise pour ne pas utiliser la vidéo, qu'elle soit uniquement sur la ligne de but ou bien en cas de décision immédiatement contestable (à l'instar de ce qui se pratique dans le rugby), n'est-elle pas vouée à l'échec?
C’est une fausse impression généralement répandue pour la simple raison qu’ils n’ont aucun geste à faire contrairement aux assistants. Ils conseillent l’arbitre par le biais des oreillettes et ni les acteurs, ni les spectateurs ne savent ce qu’ils disent et les qualifient de “piquets” inutiles. En fait il y a beaucoup d’exemples méconnus du grand public où ils ont eu une influence décisive.
C’est la solution humaine préconisée par Michel PLATINI (Président UEFA) qui ne veut pas entendre parler de technologie dans le football alors que la FIFA préconise (et utilisera au Brésil) la caméra sur la ligne de but dont l’objectif sera uniquement consacré au ballon ayant franchi ou non la ligne. Deux philosophies s’affrontent, mais celle de PLATINI a l’avantage de concerner toutes les actions dans la surface de réparation et cette pratique va perdurer dans toutes les compétitions européennes.

D'ailleurs quelle est votre opinion sur l'utilisation de la vidéo ? N'y a t'-il pas un risque d'un arbitrage à deux vitesses ?
La question à ne pas poser car sa complexité me pousserait à la développer des heures oralement. Pour faire simple, j’ai un avis caméléon : le matin je me lève en étant philosophiquement  contre, à midi en discutant avec des “footeux” j’écoute leurs arguments très défendables, le soir en regardant un match avec une erreur flagrante je pense à la vidéo. Et le lendemain matin je me réveille en étant contre ! Je mets souvent en avant la sagesse de mon  grand-père qui disait “on ne change pas un cheval borgne contre un aveugle”.
Dans toute chose il y a du positif et du négatif et le bilan de la vidéo ne serait pas aussi net que d’aucuns ne le pensent. Et ce n’est pas par hasard si beaucoup de grand noms du foot y sont opposés. Vous souvenez-vous de la 1/2 finale de Coupe du Monde en France à Marseille (Brésil/Pays Bas) où les médias, malgré la présence de multiples caméras, lynchèrent l’arbitre américain “coupable” à leurs yeux d’avoir sifflé un pénalty imaginaire ?
Il fallut attendre plusieurs jours et les images d’une caméra amateur d’un spectateur scandinave pour voir le tirage de maillot que seul l’arbitre avait (bien) jugé ....

Si nos informations sont bonnes, vous avez commencé l'arbitrage en bas de l'échelle à l'âge de 17 ans 1/2.
D'où vous est venue cette vocation qu'on pourrait également qualifier de sacerdoce ?
Exact, même si j’étais autant fait pour être arbitre que curé ou bonne sœur. Je n’avais jamais joué au football par la faute de la maladie (j’ai été cloué au lit dans ma jeunesse deux années de suite, une fois 9 mois et l’autre 6). J’ai toujours été interdit de sport à l’école et réformé du service militaire (le fait d’arbitrer les champions du monde militaire au Koweit a été un curieux clin d’œil).
Je suis entré très jeune au club des supporters du Racing Club Franc Comtois (2° division professionnelle) puis au comité-directeur du club à 17 ans. Bien que timide au sein de cette assemblée composée des notables de la ville, j’étais surpris que des gens ayant tous des responsabilités importantes passent leur temps à critiquer les arbitres.
Un jour, sur un cas précis, j’ai osé dire qu’ils avaient tout faux ce qui m’a valu une réplique cinglante d’un grand industriel : “tais-toi, gamin, tu n’y connais rien !”.
Vexé mais déjà doté d’un caractère n’acceptant pas l’injustice, je suis allé passer mon examen théorique pour prouver que je connaissais les règles du jeu. A cette époque il n’y avait pas beaucoup de jeunes arbitres et l’examinateur m’a dit que j’étais doué (par rapport aux lois du jeu) et que j’avais gagné le droit de passer la partie “pratique” sur le terrain. J’ai refusé en lui disant que j’étais seulement venu par défi, que j’étais interdit de sport et que de toute manière je voulais rester dirigeant de mon club. Il est revenu voir ma mère qui a interrogé notre docteur de campagne qui n’avait jamais vu un ballon : “cela lui fera du bien d’autant qu’un arbitre ne court pas beaucoup”.
Je venais de donner mon corps à l’arbitrage comme d‘autres le donnent à la science ...

Dans le grand public, et sans trop remonter dans le temps, vous êtes considéré (avec Joel Quiniou) comme les deux meilleurs arbitres français des 50 dernières années.
Qu'est-ce qui manque donc alors à notre actuelle génération d'arbitres pour redresser l'image de l'arbitrage français aux yeux des instances internationales ?
Pas facile de répondre à cette question quand on est concerné par cette comparaison. Mais elle prend toute son importance cette année puisqu’il n’y aura pas d’arbitre français à la coupe du monde au Brésil. Une triste “première” depuis 40 ans. Il est clair que notre corporation  n’avait pas besoin de ce carton rouge au niveau planétaire alors qu’il a un besoin urgent de redorer son blason.
Depuis que j’ai quitté mon poste à la FFF après avoir dénoncé des magouilles qui se sont avérées fondées (on  m’a étouffé), j’ai mis un point d’honneur -contrairement à d’autres- à ne pas cracher dans la soupe car mon cœur est resté en forme de sifflet, certes  rouillé, même si j’ai bien sûr un avis, que je garde pour moi. Depuis la “crise” de l’arbitrage, beaucoup de gens ont dit ce qu’ils savaient sans savoir ce qu’ils disaient ... mais peu, chez les dirigeants, ont essayé de gratter à la source.
 Je ne me réjouis bien sûr pas de cette situation mais en partant, il y a une dizaine d’années, j’avais dit  que l’on avait sacrifié une génération d’arbitres et les instances internationales n’ont pas été dupes de ce qui se passait en France. Il faut aussi dire que Stéphane LANNOY a eu la malchance d’être blessé au mauvais moment des qualifications.
Pour former un arbitre d’élite européenne et mondiale il faut plusieurs années et la finalité n’est jamais acquise d’avance car les chausse-trappes ne manquent pas. Enfin une politique ne se construit pas sur des mots mais sur des actes sans avoir la certitude de leur concrétisation positive dans les faits car l’arbitre est,  au plus haut niveau,  comme un funambule sur son fil au dessus du précipice.

Quels sont ceux qui, à votre avis, sont les plus proches d'obtenir un palmarès identique au vôtre ?
Un arbitre d’élite mondiale ne se prépare pas en “deux coups de cuillère à pot”. N’oubliez jamais que dans l’arbitrage il faut beaucoup d’années pour se faire un nom, encore plus un prénom mais qu’en une seconde tout peut s’écrouler dans ce monde impitoyable toujours à charge contre celui chargé de rendre la justice sportive où l’on voudrait remplacer l’homme par un robot....
Quelques  jeunes “percent” (Clément TURPIN, Rudy BUQUET, Anthony GAUTHIER entre autres), mais ils doivent déjà gagner leurs galons au niveau UEFA ce que je leur souhaite de tout cœur car ce serait aussi inconcevable que dramatique de ne pas avoir d’arbitres français pour l’EURO 2016 organisé dans notre pays.

Les arbitres sont solidaires et se sont ‘’mobilisés’’ pour donner leur sentiment sur Michel VAUTROT. Nous avons pu recueillir le témoignage de Clément TURPIN, arbitre international :
"Avez vous des nouvelles de Michel ?"
Voilà, aprés les salutations d'usage, la 1ère question que l'on me pose dans le hall d'un aéroport à mon arrivée pour un match international.
Que ce soit à Sofia, Reykjavik, Istanbul, Lisbonne, Dublin, Oslo ou à Rome, tout les passionnés de football et d'arbitrage nous demandent des nouvelles de Michel...Ces anecdotes vécues régulièrement dans les aéroports étrangers montrent à quel point Michel Vautrot a marqué l'histoire de l'arbitrage et je dirais même du football français.
D'ailleurs, tous ces passionnés ne me parlent pas des décisions prises ou non mais du personnage que Michel est, de sa gentillesse, de sa bonne humeur et de son fameux "Smmmmeeell The Game" qui traduit sa philosophie de l'arbitrage.
Michel est et restera toujours un grand monsieur de l'arbitrage français.''

 turpin

D'énormes problèmes de violence dans les stades depuis plusieurs années, et encore récemment en région parisienne, gangrènent le football français dans le foot amateur où le respect de certaines valeurs disparait peu à peu.
Quelles peuvent être pour vous les solutions pérennes que devraient prendre les instances du football pour permettre d'éradiquer ce phénomène croissant ?
Suspension à vie, mise en inactivité des clubs sur le plan sportif, accentuer le pouvoir législatif et renforcer les mesures judiciaires ?
En préambule, n’oublions pas que l’exemple vient d’en haut et on ne peut pas dire que c’est toujours le cas en suivant les matches de L1 et en écoutant des commentaires odieux contre les arbitres.
Par ailleurs, je ne suis pas d’accord avec les responsables qui disent que le football ne peut pas être tenu pour responsable des comportements qui reflètent la société actuelle. Mais trouve-t-on autant d’incivilités et de graves incidents dans le rugby, le basket ou le handball ? Le foot est très populaire et se joue dans tous les milieux, mais ne paye-t-il pas au prix fort certains laxismes antérieurs ?
Pourquoi est-ce uniquement dans notre sport où un arbitre ne peut pas siffler sans être contesté ou entouré même en signalant une faute qu’un aveugle aurait vu ? Certes le législateur a reconnu l’arbitre comme un représentant du service public, certes les arbitres agressés vont plus facilement devant les tribunaux.
Mais il faudrait que les clubs n’hésitent pas à mettre de côté leurs joueurs trop souvent contestataires patentés et toujours prêts à mettre le feu.

Le Football Entreprise :
Autrefois baptisé Football corporatif ou ‘’corpo’’ , le Football Entreprise qui compte à ce jour moins de 30 000 licenciés, n’a pas réussi à garder la visibilité et surtout la place qu’il avait dans les années  80. Les crises économiques  se sont succédées, les instances nationales et aussi régionales n’ont pas su ou souhaité le défendre, les jeunes se sont tournés vers d’autres types de football (URBAN, foot à 7, Futsal) .
Quel est votre avis sur ce recul du Football Entreprise et quelles en sont les causes?
Je suis très fier de dire que j’ai été formé par l’arbitrage des “corpos”, un terme que j’aime bien. Chaque samedi, en plus des matches civils, je faisais la touche ou le centre des compétitions d’entreprise et je peux vous dire que le niveau était aussi bon que la DH de ma Ligue de Franche-Comté et que certains matches n’étaient pas “piqués des hannetons” en présence de nombreux spectateurs.
Vous ne pouvez imaginer ma nostalgie quand je vois que cette compétition est devenue squelettique dans ma région. La crise économique, les changements de style de vie, la concurrence d’autres activités en sont la cause.

La question suivante vient naturellement :
Que faudrait-il faire pour le redynamiser ?
Sachant que de nombreux dirigeants de clubs Entreprise, partout en France, sont disposés à œuvrer pour cette redynamisation et que des associations (exemple : l’UCEFF, Union des Clubs Entreprise du Football Francilien, qui regroupe un certain nombre de clubs franciliens et qui fait des propositions) sont prêtes à contribuer  au sein de la FFF.
Je n’ai malheureusement pas la clef, et il est difficile pour moi de me substituer aux instances. Mais s’il y a une réelle volonté des dirigeants de clubs “corpos”, je n’imagine pas ces dernières s’opposer au renouveau susceptible de lui amener encore plus de licenciés.

  Vous est-il arrivé de vous remettre en question après un match raté ou une grosse erreur d’arbitrage ?
Bien sûr tant il est vrai que l’on apprend surtout de ses erreurs et que tout arbitre doit se remettre en cause pour ne pas recommencer. L’erreur est humaine, mais une erreur est toujours de trop dans notre fonction.

Lors de quel match avez-vous eu le plus de trac ?
Le trac est cette adrénaline indispensable à la concentration. Au niveau professionnel (où nous sommes très bien protégés) j’ai toujours dit que j’avais surtout peur de ... mal faire !
Je pense surtout à nos collègues des districts qui sont souvent seuls sur les terrains, parfois dans des zones “sensibles” sans aucune protection.

Vous avez œuvré, à une certaine époque  pour  professionnaliser l'encadrement et donner à l’arbitrage les moyens d'aller vers plus de rigueur dans son organisation et sa gestion. N’avez-vous pas, sans vous en rendre compte, favoriser la mutation de l’arbitrage dit ‘’amateur’’, que vous défendez, vers une forme d’arbitrage professionnel où l’argent commence à couler tout doucement ?  
Bonne remarque ! N’oubliez pas que celui qui n’avance pas recule... C’était la “culbute” incontournable pour ne pas mourir. Mais rendez-moi cette justice d’avoir dit que “l’argent allait gangréner notre arbitrage”. Dans la vie, il est préférable d’anticiper les mutations que de les subir.
La FIFA et ses confédérations continentales imposent ces organisation professionnalisées à leurs fédérations. Le bénévolat est aussi indispensable que souhaitable, mais aurions-nous imaginé Aimé JACQUET champion du monde en 1998,  s’occuper de ses joueurs le soir après son  et leur travail ?
Il n’est pas honteux non plus que les arbitres, chargés de diriger des matches aux enjeux financiers considérables (indécents ?) recevoivent une partie du pactole compte tenu de leurs responsabilités et leurs sacrifices incomparables avec mon époque pour se préparer.  

Nous avions posé la question suivante à Christophe GATOUILLAT, jeune arbitre Fédéral 4 depuis cette saison, lors de son entretien sur notre site (Son entretien)

Parmi les cinq mots qui suivent, quel est celui qui définit le mieux votre rapport avec l’arbitrage ?
Un loisir, une découverte, une passion, une école de vie, un défi ?


Sa réponse avait été la suivante :
‘’Probablement que les cinq me vont. « L’école de la vie » expose le côté formateur et enrichissant de la discipline. C’est ce qui caractérise vraiment l’arbitrage.’’

Quelle est votre réponse ?
C’est une réponse pertinente et sage que je partage totalement. J’ai toujours dit “je ne sais pas ce que le football me doit mais je sais ce que je lui dois par le biais de l’arbitrage”

L’Aubois, Christophe GATOUILLAT (arbitre de AS ORANGE – RENAULT Sandouville en Décembre 2012 en CN) est passé, cette saison, Fédéral 4, ce qui lui donnera, en particulier, l’occasion d’être 4ème arbitre en Ligue 2. Il nous a transmis ces quelques lignes très amicales au sujet de Michel VAUTROT
 :
 
"Michel restera pour longtemps l’arbitre emblématique Français avec un palmarès sportif impressionnant laissant rêveur n’importe quel sifflet sur notre territoire. Disponible, humble, humain et excellent orateur, le charismatique Michel dirige sa vie comme un match et prend plaisir à venir rencontrer ses amis dans les ligues et districts.
C’est un honneur de l’avoir côtoyé à plusieurs reprises en Champagne Ardenne.
Chaque mot prononcé, chaque anecdote racontée provoque un silence profond et attire l’admiration tant par les passionnés chevronnés que par les plus jeunes qui ne l’ont pas vu officier sur un terrain.
 
Michel est un MONSIEUR qui restera indéniablement dans la mémoire du football français et international."
gatouillat avec Michel VAUTRO
 
 
Le parrainage d’un jeune arbitre par un arbitre plus chevronné existe-t-il ?
Il existe au niveau des jeunes débutants mais pas partout. Le bénévolat fond comme neige au soleil alors que pour modeler un arbitre en début de carrière il ne suffit pas d’avoir de bonnes volontés mais des gens compétents prêts à donner beaucoup de leur temps pour ne pas envoyer dans la nature (quelquefois à la “boucherie”) un sifflet débutant.  

Selon sa nature et pour parvenir au haut niveau, l’activité personnelle et professionnelle d’un arbitre n’est-elle pas un obstacle à une carrière. En d’autres termes, faut-il nécessairement avoir un métier compatible avec la fonction d’arbitre, ou en tous cas une activité prise en compte de façon, de façon ‘’compréhensive’’,  par l’employeur ?  
Vous touchez le fond du problème abordé plus haut et lié à la “professionnalisation” de l’arbitrage. Personnellement, je pense qu’un arbitre qui parle et respire 24 H sur 24  arbitrage finira dans un asile psychiatrique. Il lui faut une soupape pour s’aérer l’esprit.
Autrefois ce n’étaient pas forcément les meilleurs qui arrivaient au “top”, mais ceux qui avaient les possibilités de se libérer professionnellement et familialement sans recevoir beaucoup de “monnaie” en échange. Ma génération arbitrait pour l’honneur et le plaisir !
Vous imaginez aujourd’hui la disponibilité qu’il faut avec des matches pratiquement tous les jours sans parler des compétitions internationales qui ont poussé comme des champignons dans toutes les catégories ? Ajoutez aux matches les séminaires et entraînements physiques qui se multiplient, vous comprendrez mieux pourquoi l’encadrement et l’arbitrage d’élite devaient absolument se professionnaliser.
 

Votre métier de base (Professeur puis Inspecteur de l'éducation nationale)  vous a-t-il aidé, d’une certaine façon, dans votre rôle d’arbitre et maintenant d’observateur ?
Ces activités ont été complémentaires dans les 2 sens. L’arbitrage m’a apporté de l’assurance et lorsque j’étais enseignant mes élèves me prenaient pour un extra-terrestre en me voyant le dimanche soir à la TV et le lendemain en cours avec eux ... Pédagogie et patience sont les deux mamelles de l’enseignement et de l’arbitrage.
Grâce à l’arbitrage j’ai appris ce que je n’ai pas pu faire avec les livres !

Pourquoi l’arbitre du rugby est plus respecté que celui du football ?
J’ai déjà abordé la question précédemment. Ce n’est peut-être pas un hasard si l’on dit, avec un raccourci certes caricatural, que le “rugby est un sport de voyou joué par des gentlemen et le foot un sport de gentlemen joué par des voyous”.
Il y a des disciplines (certes avec un rayonnement plus confidentiel que le ballon rond) nés d’une éducation scolaire comme le handball ou le rugby et ceci explique forcément cela.

VAUTROT PAYS BAS URSSNous n’allons pas vous demander de nous citer votre arbitre préféré, mais le joueur qui aura eu le meilleur comportement avec vous de toute votre carrière ?
C’est difficile à dire car il y en a eu plus que vous pouvez imaginer. J’ai toujours dit que le plus important était la poignée de mains du perdant car c’est tellement plus facile pour celui qui gagne. Et je vais vous surprendre en vous avouant que contrairement à ce que peuvent penser les gens, j’aimais mieux diriger des joueurs à la réputation de “durs” sur l’homme : ils “pleuraient” moins que ceux à la réputation populaire plus angélique ...
 Je suis très surpris, près d’un quart de siècle après ma fin de carrière, de retrouver des anciens joueurs qui me font spontanément l’accolade comme ce fut le cas encore dernièrement au tournoi de Toulon avec beaucoup d ‘anciens joueurs devenus recruteurs.

Dans la continuité de la question précédente, et sans faire injure aux diverses amicales d’anciens arbitres, avez-vous gardé des liens avec un ou des joueurs ?
De bons rapports chaleureux  au hasard de nos rencontres avec, mais honnêtement chacun vit sous des horizons différents et les liens sont forcément distendus par la force des choses. Partant du principe que nous étions des amis sportifs et acteurs complémentaires sur le terrain, je tutoyais pratiquement tous les joueurs et inversement.

Grâce à l’arbitrage, quelle rencontre marquante n’ayant rien à voir avec le football, avez-vous pu faire ?
Il y en a eu tellement... Comment  pouvais-je rêver qu’un paysan comme moi puisse serrer la main du pape Jean-Paul II, de Rois, de Princes et de Présidents de la République (j’ai été décoré de l’Ordre National du mérite et de la Légion d’Honneur par Jacques CHIRAC et Nicolas SARKOZY sous les ors de l’Elysée et serré la main de 5 Présidents après mes finales de coupe de France).
Mais c’est avec les anonymes  que j’ai pu rencontrer dans tous les pays du monde que j’ai le plus appris car chaque être humain, aussi humble soit-il,  a en lui des aspects merveilleux.

Quel stade vous a procuré le plus d’émotions ?
Tous en fonction des émotions. Qui m’aurait dit un jour que j’arbitrerais à Saint Pierre et Miquelon puis une semaine après au Nou Camp plein comme un œuf de Barcelone ?
Mon émotion particulière (car ce fut la dernière) restera mon ultime match officiel sur le stade de Maison-Alfort puisque "mes” corpos demandèrent à la FFF pour que je siffle mon dernier “vrai” match à l’occasion de la finale de leur coupe nationale où jouait votre équipe,  autrefois appelée le CNET. J’ai en bonne place dans ma vitrine aux (bons) souvenirs le téléphone de collection qui m’avait été offert. (cf photos ci-dessous de cette finale)
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Michel VAUTROT avec ses deux assistants dont Charles MONNIER (à gauche)

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Finale de la Coupe nationale Corporative en 1991 (3000 spectateurs),
organisée par la ville et les Communaux de Maisons Alfort
(en particulier par Gérard JACQUES à l'arrière sur la photo)

Michel VAUTROT, Jean VERBEKE et Didier BLINO, capitaine du CNET
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Vous aviez une devise comme arbitre ?
“Etre pris au sérieux sans se prendre au sérieux”

Un souhait ?
En dehors des débats passionnés, tout le monde s’accorde à dire que si le football n’a pas été inventé pour les arbitres il ne peut pas se jouer sans eux. Pourquoi ? L’être humain est ainsi fait que d’excellents bénévoles dans les clubs qui “dépannent” avec le sifflet ou le drapeau se font incendier au prétexte qu’ils ne sont pas neutres d’où ma conclusion née de ma longue expérience :

“Mieux vaut un officiel moyen qu’un bénévole avec le maillot de son club, aussi bon soit-il”.
Pourquoi ne répète-t-on pas plus souvent aux censeurs patentés des arbitres que les anglais avaient inventé le football sans prévoir d’officiels pour juger en laissant ce pouvoir aux capitaines, mais que cela n’a pas duré longtemps... Il faut ABSOLUMENT que nos clubs (si méritants) soient convaincus qu’il faut non seulement mettre sur pied une ou plusieurs équipes mais aussi prévoir le recrutement d’arbitres pour assurer la régularité de leurs compétitions.
On ne trouve pas un arbitre sous le sabot d’un cheval ou par le biais d’une baguette magique faisant croire que “l’idiot du village” fera l’affaire . Il faut faire passer le message que l’arbitrage est un SPORT à part entier qui nécessite une préparation physique, psychologique et diététique. Et que l’arbitre est un ami complice des joueurs pour un bon spectacle et surtout pas un ennemi.

vautrot carton blin 2Dernière question (piège):
Quel joueur a eu le ‘’privilège’’, si on peut dire, de recevoir le dernier carton jaune officiel de votre carrière ?
Honnêtement je n’en sais rien. Je ne me souviens même pas s’il y en a eu un pour ma dernière finale avec vous.
Les cartons n’ont jamais été pour moi un fait d’arme et je disais souvent aux joueurs sanctionnés administrativement que je ne leur donnais pas la “biscotte”  mais que c’étaient eux qui venaient la chercher ....

 
 
vautrot potin blin 1 vautrot potin blin 2

Potin extrait du journal du club (CBB) n°112 (Mars 1992)
Jean-Marc BLIN et Michel VAUTROT

couv3A l'époque ou le journal CBB existait (cf une des couvertures ci-contre), c'est à dire avant l'arrivée de l'internet, le Comité de rédaction avait une tradition : demander un éditorial à une personnalité. Comme Guy ROUX, Joel QUINIOU, Paul LE GUEN, André SANTINI, Didier ROUSTAN ou d'autres, Michel VAUTROT avait accepté.
 
vautrot edito 1 cbb92 mai 88 vautrot edito 3 cbb92 mai 88
vautrot edito 2 cbb92 mai 88 Editorial du Journal CBB N° 92 (Mars 1993)

Mais une autre grande figure française de l'arbitrage, Roger BARDE, médecin de métier, judoka ceinture noire (originaire de la même ville nord-vauclusienne que le rédacteur), disparu en 2007, avait aussi livré à notre journal, un édito dans lequel figurait une anecdote originale concernant Michel VAUTROT :
 
vautrot r barde vautrot r barde 3
vautrot r barde 2 Editorial du Journal CBB N° 118
 
Avant de conclure ce riche entretien, nous vous livrons un dernier témoignage à ne surtout pas manquer : celui de Charles MONNIER, assistant de Michel VAUTROT lors de la Finale de 1991 (cf photos ci-dessus) et ami proche de ce dernier :  

 

Michel VAUTROT : un homme de parole

Il avait toujours dit qu’il finirait sa carrière d’arbitre par un match corpo, il a tenu parole, en ce mois de juin 1991, la CCA avait confié au trio franc-comtois la finale de la coupe nationale corpo. Une belle fête du sport avec des équipes d’un excellent niveau, très respectueuses des décisions et qui avaient décidé d’offrir un très beau spectacle aux nombreux spectateurs présents à Maisons Alfort en région parisienne. Nostalgique, reconnaissant, généreux, MICHEL, n’a pas manqué de souligner ses débuts dans l’arbitrage tous les samedis en dirigeant les rencontres du championnat régional corpo avec les LIP,  RHODIA, MISCHLER, PTT. Cette compétition, véritable école de l’arbitrage, servait de révélateur aux dirigeants de la Commission régionale de l’arbitrage pour détecter les talents.

Au coup de sifflet final qui a vu la victoire des Télécoms du CNET face aux Bordelais, MICHEL nous a rejoint et s’est précipité dans les bras de sa maman (mamie lulu) pour l’embrasser. L’arbitre des champions, champion des arbitres, venait de tirer sa révérence avec une grande humilité.

« La modestie est au mérite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau : elle lui donne de la force et du relief. »
Cette citation de Jean de La Bruyère allait comme un gant à Michel.

Tout le monde connait le palmarès exceptionnel de cet homme intègre  surnommé par les italiens (c’est une référence !!) Eliott NESS l’incorruptible, mais la vie d’un trio ne se fait pas uniquement sur des valeurs sportives, il faut également partager les mêmes qualités humaines.

A ce titre, j’aimerais vous rappeler la grandeur de ses actions. N’est-ce pas La Rochefoucault qui disait : «  La leçon des exemples vaut mieux que celle des préceptes. »
Nous sommes en 1986 et MICHEL reçoit un jour un appel d’un enfant malade. Aussitôt, avec sa sensibilité et sa générosité légendaire il propose au jeune garçon de le rencontrer. Connaissant la gravité de la maladie «  le grand » se rend alors a son chevet à plusieurs reprises, et quelques mois plus tard il l’accompagne (l’adolescent hospitalisé et en phase finale) en venant coucher près de lui tous les soirs au CHU.
L’enfant décède dans la nuit du jeudi au vendredi vers 2 heures.
En larmes, MICHEL  habille le défunt avec le maillot offert par JEAN-LUC ETTORI (gardien de buts de MONACO à l’époque). N’ayant pas dormi, ému et fatigué, MICHEL dirige le soir même PSG /BREST. Sa prestation est catastrophique (il ne peut se concentrer sur son sujet) et la note de l’observateur ne lui permet pas d’être qualifié pour la coupe du monde  (Joël QUINIOU finit premier).

JAMAIS, il ne parlera de cet épisode douloureux (la mort d’un enfant de 13 ans), JAMAIS il ne remettra en cause la note attribuée au cours de ce match. Cet HOMME DU DEVOIR a bien mérité la reconnaissance de la nation (il a reçu la légion d’honneur en 2010).

 

charlesmonier

  Charles MONNIER


En conclusion de cet entretien, nous vous livrons une anecdote volée surt le net, au sujet de Michel VAUTROT :
 

‘’Un soir de match à Strasbourg, ça chauffe avec l’entraîneur local et les mots de Gilbert GRESS volent.
Voici ce qui figure dans le rapport de l'arbitre à la ligue.
Lentraîneur Gilbert Gress fît ce reproche : "S'il y a hors-jeu là, je veux bien me les couper" et Michel VAUTROT, digne d'un Desproges, de conclure :"La commission tranchera". ‘’

 
 
Merci pour leur collaboration à Christophe GATOUILLAT et Bernard DUCELLIER et évidemment à Michel VAUTROT  pour sa modestie et sa gentillesse.
Photos extraites des sites : 

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://1.bp.blogspot.com
http://www.racinescomtoises.net/IMG/jpg/Vautrot2-2.jpg
http://www.sportsfile.com/id/536817/

http://district-aube.fff.fr/common/ligue/bib_res/ressources/2200000/500/140502112009_f10m_n_99_mai_2014.pdf