Karl Olive : le fruit de la passion

Après la qualification, nous vous proposons de retrouver L’Entretien que Karl Olive nous avait accordé en mars dernier. Karl, qui après pas mal d’occasions manquées, a signé dans notre club en juillet dernier. Ce qui n’était pas prévu, c’était qu’il troque les crampons contre le survêtement d’entraîneur. Karl nous prouve si besoin était qu’il est bien fondu de sport et de foot en particulier. Plongeon au cœur de sa passion pour laquelle esprit, reconnaissance, plaisir ne sont pas de vains mots...

Situation de famille, d’où viens-tu, ou vis-tu...
Je suis né à Saint-Germain-en-Laye - berceau de Louis XIV et... du PSG- en 1969. Issu d’une famille nombreuse, j’ai eu la chance de vivre ma jeunesse autour de quatre frères tous plus âgés, tous férus de football, et tous licenciés à l’époque, à l’AS Poissy... dont mon père était dirigeant et ma maman, supportrice! Ma sœur Brigitte, de deux ans plus jeune que moi, est la dernière de la famille... mais la première sur le podium. Nous rêvions tous de devenir footballeur professionnel, mais c’est elle qui a enfilé la tunique bleue à 42 reprises, avant d’intégrer le staff de la FFF en tant que sélectionneuse de ces demoiselles. Quelques années ont passé, et je suis aujourd’hui marié à Céline, qui m’a soigné sur un lit d’hôpital en 1994 - comme quoi, être malade, y’a du bon ! - et donné deux loulous, Kentin et Hugo, âgés de dix et six ans.


Changement de tenue pour un passage du terrain au banc

Tes débuts dans le foot ? Tes différents clubs, si c’est le cas. D’autres sports pratiqués dans ta jeunesse, aujourd’hui..
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Poussin et champion des Yvelines (ça marque !) avec l’AS Andrésy, j’ai rejoint naturellement l’AS Poissy en pupilles puis le PSG en minimes et cadets. Le temps des premières sélections avant de devenir jeune arbitre officiel de la Fédération. Pourquoi ? Dès lors que j’ai compris que je ne pourrai pas devenir un excellent footballeur, je me suis attaché à devenir le meilleur arbitre... Et là, c’est un problème de vue qui est venu stopper ma jeune carrière de directeur de jeu. Je n’ai pas atteint le minimum requis pour tenter l’aventure au plus haut niveau (Il fallait lire, cool, je lisais couil...). J’ai alors coaché à vingt ans, une équipe de juniors d’Andrésy, avec laquelle nous sommes montés. Mais le terrain me manquait. Et c’est à cette époque que j’ai découvert le CHI Poissy. J’étais jeune journaliste et je suivais cette équipe les samedis après midi pour en faire quelques lignes dans les colonnes du Paris-Normandie. Et me voilà plongé dans la vie des corpos. Quel pied, j’en reparlerai...


Karl face à ses anciens coéquipiers de CHI

Ta venue à l’ASFTR&D (devenue l’AS Orange). Comment?
Orange aujourd’hui, le CNET avant-hier et FT R&D hier ont toujours représenté à mes yeux, à nos yeux (de joueurs adversaires), le summum en corpo. L’élite du foot du samedi après-midi. Serge Widérwoski, le président entraîneur du CHI, prenait souvent en exemple ce club, et le travail de Michel Dieleman. C’est vrai que de tous temps, jouer contre le CNET, c’était un match de coupe, notre PSG-OM à nous. On perdait souvent, on gagnait rarement. Pour ma part, je n’ai jamais gagné : mais je me souviens très bien des roublardises du tandem Cordier-Defaix, de l’élasticité de Gorce, des semelles de Pons (avec lequel je me suis frotté plus d’une fois avant de devenir les meilleurs amis du monde) et surtout des buts de Pascal Guillerm, qui en cloquait par paires à chaque fois... Pourquoi je ne suis pas venu avant malgré quelques appels (du plat) du pied ? Parce que ce n’était sûrement pas le moment. Et puis, tout arrive à point pour qui sait attendre! Sébastien Fournié, monteur (d’images) à Canal+, échangeait souvent sur les victoires et ses pions. L’été dernier, je me suis dit que j’aimerais me détendre avec vous tous dont je connaissais les valeurs, l’amitié. Michel m’a fait signer en bas à droite...

Les bons moments, les moins bons de ta carrière de footballeur, de coach, de cadre dirigeant de club ?
Les meilleurs moments de ma modeste carrière. Incontestablement, ce sont les voyages avec le CHI : Valence, Cannes, Toulouse, Belfort (déjà), Dijon, Rouen. Les matches, bien sûr, mais aussi tout ce qu’il y a autour, avant, après, le jour, la nuit... J’ai retrouvé cela avec Nuno, Lolo, et Bruno à Belfort. Des trucs de dingue, impensables quand tu renfiles le costard. Bref, des moments exceptionnels dont le Foot Entreprise regorge. Mais après, quand tu rentres sur le terrain, alors là, il n’y a plus de place à l’amusement. Chaque chose en son temps. C’est le principal message que je transmets aujourd’hui. Au foot, en tant que joueur, -et aujourd’hui encore plus en tant que coach ici-, mais également à Poissy avec ma casquette de président, au boulot avec celle de directeur des sports, etc, etc... J’ai toujours dit, pensé, que nous n’avions rien sans rien. Le travail entraîne le talent, le talent entraîne la réussite. Les jeunes du club doivent comprendre cela. A-t-on déjà vu quelqu’un réussir sans travailler ? On peut avoir un don, ça ne suffit pas. Henry, Platini, Zidane, Papin écriraient la même chose. JPP par exemple me disait qu’il restait tous les jours une heure pour faire des reprises de volée. Tous les jours. Et après on disait : "Faciles les papinades..." Les moins bons moments de footeux ? Il n’y en a pas vraiment. Peut-être ma dernière année à Chatou en tant que président-joueur. J’avais fait un numéro de cirque avec Basile Boli pour qu’il joue chez nous, dans ce club exceptionnel également, familial autour de Monsieur et Madame Fruhauff. Le seul match qu’il a joué, devant 600 personnes -un record chez nous-, contre Sarcelles, on l’a paumé 1-0. J’avais la rage contre mes partenaires. On ne s’était pas surpassé pour être à la hauteur de l’engagement du champion d’Europe.

Comment perçois-tu l’AS Orange?
L’AS Orange a toujours été animée des valeurs dont j’ai parlées un peu plus haut. En coulisses, rien n’a changé. Les dirigeants, tous, les éducateurs, tous, font un boulot exceptionnel. Que l’on ne perçoit pas forcément. Sur le terrain en revanche, je pense que certains, -mais ce n’est pas un épiphénomène orangé- pêchent par une suffisance -inconsciente peut-être qui fait que nous pensons que tout va tomber du ciel parce que nous sommes (soi-disant) de bons footballeurs, parmi lesquels certains auraient fait les beaux jours du dimanche après-midi. Il faut être lucide. Ce n’est pas le cas. Tout ne tombe pas comme cela. Le plus dangereux est d’en oublier les valeurs toute simples telles que le plaisir de faire une bonne passe à son partenaire, être généreux dans l’effort, écouter les consignes du coach, ... bref ces choses qui font l’essence de notre plaisir à se retrouver et à jouer. Je vais m’attacher à rappeler très fort tout cela. Le reste viendra tout seul, car le potentiel est réel et non encore abouti...

Quelle est la différence entre le football du dimanche et le Football Entreprise?
Aujourd’hui, plus qu’hier, ce sont deux mondes différents. Le dimanche après-midi -et c’est le président de l’AS Poissy qui écrit- vous êtes sur le terrain pour la gagne, vous gagnez de l’argent pour cela : des primes, des fixes. L’argent reste le nerf de la guerre. Le joueur a des devoirs. Et mon discours est clairement calqué sur celui d’un chef d’entreprise : 600 licenciés, 25 équipes, 50 éducateurs et dirigeants, 11 arbitres, 600 K€ de budget. Faut-il que j’aille plus loin pour montrer la différence avec le samedi après midi ?... !!


Avec M.Dieleman et D.Quillot lors de la remise du titre de Champion de France 2003

Les entraineurs, les joueurs que tu as appréciés dans ta carrière ? Sur le plan football, plan humain...
J’ai toujours eu en admiration les compétiteurs affectifs : Gérard Soler fut mon idole. Michel Hidalgo, avec lequel j’ai écrit un livre (1984-2004, on remet ça) est un homme exceptionnel. Il rassemble à lui seul les valeurs qui sont les miennes. J’ai pleuré comme beaucoup à la fin de Séville en 1982. J’ai hurlé de bonheur en 1984 quand on a gagné le championnat d’Europe. J’aime beaucoup Michel Platini également. Ce mec est un génie. Il continue de voir avant les autres. Pendant les Ligues des champions, il annonce les buts avant les images... Platini est Platini. Mais, Michel est comme vous et moi. J’ai eu le bonheur de produire un doc sur lui : 5X10 Platini. J’en ai encore la trique...

Tes hobbies : en dehors du sport : lecture, cinéma, et peut-être un jardin secret que l’on ne connaît pas...
Le sport occupe une petite part de ma vie vous l’aurez compris... Je ne m’en lasse pas. Trois fois par semaine, je m’entraîne aux Pyramides (bodywork, vélo, course à pied), et je joue avec le Variété le dimanche. Mais j’ai une formation de sciences politiques, donc je suis assez intéressé également par nos amis qui se déchirent jour après jour pour nous dire la même chose... J’ai toujours aimé faire l’imbécile, manière de faire rire les autres aussi. Je suis donc à ma place à la télé, à Canal+. C’est aussi le cas dans ma vie de famille. A la maison, on fait souvent des concours de grimaces. Je me débrouille pas mal...

Une idée, un thème que tu souhaiterais développer, un message à passer?
J’ai commencé le foot à 7ans et 1/2, j’en ai bientôt 37, mais dans ma tête j’en ai toujours 7! Je bosse beaucoup, mais je dis toujours que je suis en vacances. J’ai toujours placé les relations humaines au-dessus de tout. C’est mon carburant. C’est aussi pour cela que j’ai accepté la mission que Michel m’a proposée, non sans avoir rappelé ma fidélité à mon pote Christophe. Enfin, il n’est pas un jour sans que je ne me réveille en pensant à Philippe, ce frère de la Génération Platini qui joue aujourd’hui avec les anges...

La rédaction

Mise à jour 05/03/2006